Renforcement de la sécurité publique: pourquoi ne pas établir un partenariat avec la sécurité privée ?

Marc Parent 

Chef de la direction, Commissionnaires du Québec

L’idée de permettre à des intervenants privés, autres que des policiers, de patrouiller les espaces publics, de faire appliquer les règlements municipaux, de gérer la circulation ou encore d’assurer la sécurité sur les chantiers routiers n’est pas nouvelle. Déjà en 2004, le mémoire en marge du livre blanc « La sécurité privée partenaire de la sécurité intérieure » déposé par le SPVM, en faisait largement mention. Lors d’une séance devant la Commission de la sécurité publique, en 2014, j’ai également mis en relief plusieurs points positifs en faveur d’un partenariat plus étroit entre la sécurité privée et publique.

Au cours des dernières années, la demande croissante de sécurité, à laquelle s’ajoute le plafonnement des effectifs et des budgets policiers, les demandes grandissantes d’une population de plus en plus hétérogène et la multiplication des lois et règlements, ont permis à l’industrie de la sécurité privée de connaître un essor spectaculaire. Dans un récent rapport intitulé « The Economics of Canadian Policing, », on estimait que les coûts des services policiers par habitant allaient bondir de 61% entre 2011 et 2025 au Canada, si l’on en croit la courbe de croissance des dépenses observée de 2011 à 2012, et ce, même si le taux de criminalité est à la baisse. Force est de constater que la présence policière sur la voie publique a un coût.

La question que l’on doit se poser : la solution peut-elle venir des entreprises de sécurité privées, un secteur professionnel qui regroupe, au Québec, plus de 20 000 agents de sécurité ?

Encore aujourd’hui, des policiers extrêmement bien formés et qualifiés continuent de produire des rapports de routine, d’agir comme réceptionnistes dans les postes de quartier, de remettre des billets d’infraction de stationnement et de diriger le trafic autour des chantiers de construction, et ce en dépit du fait que des agents de sécurité bien formés peuvent effectuer ces tâches, pour la moitié du coût.

L’industrie de la sécurité ne cherche pas à remplacer les policiers, mais simplement à suppléer les tâches qui n’exigent pas une formation policière. Le concept d’un service de sécurité « juste à temps » consiste à contracter des tâches policières non essentielles auprès d’entreprises de sécurité, de façon à ce que les services de police puissent se concentrer sur des tâches vitales à la sécurité publique. Ce modèle présente de nombreux avantages (extraits tirés d’un texte de Massimiliano Mulone, professeur adjoint à l’école de criminologie de l’Université de Montréal publié dans le rapport « 2013 – Lecture de l’environnement du Service de la ville de Montréal) :

  1. Consolidation des ressources en temps de crise : aux États-Unis, les attentats du 11 septembre 2001 ont démontré que 85 % des infrastructures vitales étaient sous la protection du secteur privé. Ce constat démontre clairement toute l’importance de consolider les liens entre les secteurs privé et public, d’établir des plateformes d’échange d’informations et de collaboration dans les pratiques, particulièrement au niveau des mesures d’urgence et de la prévention d’attaques terroristes.
  2. Rationalisation budgétaire: Généralement parlant, le recours au secteur privé est considéré comme générateur d’économies – en grande partie dû au fait que les conditions salariales des agents de sécurité sont beaucoup moins élevées que celles des policiers. Les partenariats peuvent ainsi renforcer les capacités opérationnelles des services de sécurité publique, et ce à moindre coût.
  3. Intégration au modèle de police communautaire : Le modèle de police communautaire, un modèle largement adopté au Canada, met l’emphase sur l’importance de conclure des partenariats avec la communauté, dont font partie les entreprises de sécurité privée.
  4. Professionnalisation de la sécurité privée : Les réformes législatives dans le secteur de la sécurité privée ont permis d’accroître les exigences sur le plan de l’uniformisation de la formation et des compétences requises de la part des agents de sécurité privée. Les certifications spécialisées pour les agents de sécurité sont même parfois proposées par les services de police eux-mêmes.

Bien sûr, le partenariat de la police avec le secteur privé soulève un débat autour des rôles et responsabilités de chacun : il va de soi qu’un agent de sécurité qui exerce des fonctions en soutien aux forces policières ne remplace pas ces dernières, mais augmente plutôt leurs capacités, tout en les soutenant dans leur rôle de premier plan.

Commissionnaires – division du Québec est prêt à prendre ce virage. Il est engagé à offrir un soutien professionnel aux policiers et aux municipalités, notamment pour superviser la fluidité de la circulation, baliser une zone de travaux, prévenir les accidents, protéger la vie des usagers de la route et celle des ouvriers et faire la surveillance des lieux et des biens aux abords des chantiers. En plus de représenter une économie substantielle pour le contribuable et de permettre de recentrer le travail des policiers vers les tâches pour lesquelles ils ont été formés, ce recours aux entreprises de sécurité privée telles que Commissionnaires est, selon moi, une valeur ajoutée permettant une sécurité accrue pour les citoyens, la création d’emplois et la complémentarité entre les secteurs public et privé.