Regard sur un enjeu de sécurité

 

Frontière sous haute surveillance !

À une époque pas si lointaine, franchir la frontière terrestre pour se rendre sur la côte est américaine ou tout simplement pour aller faire des emplettes l’autre côté « des lignes » n’était qu’une simple formalité pour un bon nombre de Québécois. Depuis toujours, la frontière est au cœur des échanges bilatéraux entre le Canada et son principal partenaire économique et voisin les États-Unis. Soulignons qu’il s’agit de la plus longue frontière au monde (8 891 kilomètres, terre et eaux) séparant deux États-nations.

Outre sa longueur, la démographie et la typographie très variée qui la caractérise, cette frontière pose plusieurs défis administratifs et politiques à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) qui est responsable de gérer les ressources humaines et technologiques qui assurent le contrôle des 328 points d’entrée vers les États-Unis (postes frontaliers terrestres et aéroports internationaux) où transitent près de 200 millions de personnes chaque année. Alors qu’elle est toujours aussi stratégique pour le commerce bilatéral, la frontière canado-américaine est aussi devenue un enjeu de sécurité prioritaire au lendemain des attentats contre le Word Trade Center en septembre 2001.

Avant le 11 septembre 2001, l’interdépendance et l’intégration représentaient des éléments constitutifs de la vie économique, sociale et politique des régions frontalières du Canada et des États-Unis. Ce contexte s’expliquait par la faible politisation des enjeux de sécurité et l’intensité des relations politiques, culturelles et commerciales officialisées avec l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange Canada–États-Unis, puis de l’ALENA. La chute des tours jumelles a imposé un nouveau prisme sécuritaire en vertu duquel le commerce a été relégué au second plan. La frontière, tel qu’elle était perçue avant ces événements, n’existe plus ».[i]

Une frontière jugée poreuse !

Pour les Américains, ce sont des impératifs hautement sécuritaires (criminalité, terrorisme, immigration illégale) qui dominent désormais la gestion de l’espace frontalier et qui fait l’objet de mesures de plus en plus restrictives. Établies souvent en réaction à des événements, certaines mesures contrecarrent des années d’efforts investis pour maintenir la fluidité des échanges transfrontaliers où près de 2 M$ en biens et services traversent la frontière canado-américaine chaque minute. Car il reste que le Canada et les États-Unis sont des partenaires majeurs, avec des échanges qui ont atteint 880 milliards $ en 2015.

Bien que les mesures implantées par le Canada au cours des dernières années aient réussi, du moins partiellement, à rassurer le voisin du sud, chaque fois qu’un incident à caractère terroriste se produit en sol américain, on pointe du doigt le manque de surveillance et de contrôle des autorités frontalières canadiennes.

Régulièrement, des élus américains affirment que la frontière est « poreuse » et laisse facilement passer des individus susceptibles de se livrer à des activités terroristes. Mais comme beaucoup d’autres pays, le Canada n’a pas la solution miracle pour identifier les « loups solitaires » comme ce Montréalais arrêté au Michigan qui a attaqué au couteau, en juin dernier, un policier à l’aéroport de Flint.

La coopération reste tout de même de mise notamment avec ce protocole d’entente entre l’ASFC et le Service des douanes et de la protection des frontières (CBP) des États-Unis qui établit les paramètres régissant l’échange des données biographique sur les citoyens et les ressortissants des États-Unis qui entrent au Canada aux points d’entrée terrestres.

Mais voilà qu’un autre problématique s’est ajouté à la donne ! Menacés d’expulsion des États-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir (et les décrets anti-migratoires successifs), des migrants (possédant souvent des visas américains valides) traversent en masse la frontière du Canada, souvent par des chemins de traverse où ils sont interceptés par des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Ottawa affirme que la GRC et l’ASFC disposent actuellement des ressources nécessaires pour faire face à cet afflux de migrant et pour contrôler efficacement la frontière. Des voix s’élèvent de plus en plus cependant pour dire que le Canada a encore beaucoup de travail à faire et de ressources à investir.

Au printemps dernier, le président du syndicat représentant les employés des douanes canadiennes, Jean-Pierre Fortin, a sonné l’alarme en exigeant que le gouvernement fédéral hausse ses effectifs et a déclaré qu’« en ce moment, tout indique que la frontière n’est pas contrôlée de façon efficace ».

 

[i] (Maxime Quirion – 15 ans après le 11-septembre : les enjeux sécuritaires à la frontière canado-américaine – (décembre 2016).