Défi de l’industrie de la sécurité – la légalisation du cannabis

La légalisation du cannabis à des fins récréatives : Un défi en perspective pour les agences de sécurité

Le 13 avril 2017, le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau a déposé un projet de loi décriminalisant la possession simple du cannabis (marijuana). En vertu de cette loi qui devrait entrer en vigueur en juillet 2018, les Canadiens de 18 ans et plus pourront posséder jusqu’à 30 grammes de cannabis séché ou l’équivalent en huile pour consommation personnelle. La marijuana restera cependant toujours interdite aux mineurs, mais le fait d’être pris avec cinq grammes et moins n’entrainera pas d’accusation criminelle.

Quand on pense que de nombreux Canadiens babyboomers ont longtemps trainé un dossier criminel pour cette expérimentation de jeunesse. Dans les faits, au moins un demi-million de Canadiens ont un casier judiciaire du fait de cette infraction, ce qui peut limiter de manière significative leurs possibilités d’emploi et restreindre leur capacité légale à voyager. C’est dans le but de minimiser l’impact de la criminalisation de cette drogue de plus en plus considérée comme « récréative » et thérapeutique que le gouvernement libéral veut modifier la législation. Rappelons que le cannabis est la drogue illégale la plus couramment consommée au Canada.

En effet, l’ouverture vers une légalisation de la marijuana est une tendance mondiale et le Canada ne fait pas nécessairement figure de pionnier dans ce domaine. Il y a un peu plus de deux ans, le Colorado aura été le premier État américain à décriminaliser la consommation de cannabis et de l’encadrer avec des mesures avant-gardistes qui ne visent pas à interdire ou décourager la consommation, mais bien à la réguler et la taxer comme on le fait avec l’alcool.

Présentement au Canada, seul l’usage médical de la marijuana est légal. Et bien que le premier ministre Justin Trudeau en a fait une de ses promesses phares en campagne électorale, force est de constater que la décriminalisation du cannabis suscite toujours son lot de questionnements et d’appréhensions notamment au Québec. En mai dernier, un sondage de Radio-Canada révélait que les Québécois étaient beaucoup moins enthousiastes face à la légalisation de la marijuana que leurs concitoyens des autres provinces.

Une chose est certaine, la légalisation du cannabis à des fins récréatives, va complexifier le travail des experts en sécurité. Un véritable casse-tête s’annonce car comment va-t-on départager la fine ligne entre ce qui acceptable et non acceptable, entre consommation légale et illégale ? Dans quelle circonstance, une intoxication, même légère, sera-t-elle tolérée ? Comment va-t-on contrôler le trafic de cannabis ?

Déjà, beaucoup de voix s’élèvent pour demander au gouvernement de mieux définir les tenants et aboutissants de son projet de loi, notamment dans le monde du travail. De nombreux employeurs se disent préoccupés par l’impact de cette légalisation sur la sécurité dans les milieux de travail. Faudra-t-il imposer des tests de dépistage de drogue dans le processus de recrutement ou des tests aléatoires pour s’assurer que les employés qui consomment du cannabis demeurent performants ? Dans quelle mesure l’employeur aura le droit de sévir sans brimer des droits fondamentaux ?

Au chapitre du transport, les inquiétudes sont grandes, car un mythe persiste dans la société qui prétend que le cannabis aiguise les facultés de conduite et la concentration. Cela n’a jamais été prouvé scientifiquement, d’autant plus que l’intoxication dépend de la qualité et la concentration en THC de la marijuana ingérée qui fait souvent la différence.

Pour les milieux policiers et des entreprises de sécurité, l’heure n’est plus au questionnement. Des organisations publiques et privées comme Commissionnaires – division du Québec sont déjà à étudier les impacts de la légalisation de la marijuana sur le travail des policiers, des militaires et des agents de sécurité. Il est certain que les tests de dépistage de drogue auront éventuellement leur place au même titre que les empreintes digitales et la vérification des antécédents judiciaires au sein de la panoplie de procédures reliées aux enquêtes pré emplois notamment.