Afflux massif de migrants à la frontière canado-américaine

Dans la dernière infolettre de Commissionnaires du Québec qui portait sur les enjeux de sécurité à la frontière, on évoquait le problème que représentait l’afflux de migrants qui tentent de quitter les États-Unis où ils sont menacés d’expulsion par l’administration du président Donald Trump. Nous ne pouvions être plus en phase avec l’actualité, car depuis, la situation a pris des proportions rarement vues jusqu’ici. Selon la dernière estimation officielle, 5000 demandeurs d’asile, principalement d’origine haïtienne, ont franchi la frontière canado-américaine, dont la majorité à Saint-Bernard-de-Lacolle.

Depuis son élection en novembre 2016, l’administration Trump multiplie les décrets et les menaces envers les résidents au statut incertain ou qui sont jugés « illégaux » en sol américain, ce qui provoque de l’incertitude et une certaine panique chez de nombreux immigrants résidants en sol américain. Beaucoup d’entre eux ont entendu dire qu’ils ne risquent pas expulsés dans leur pays en étant au Canada. Le président du syndicat des Douanes et de l’Immigration, Jean-Pierre Fortin, qui sonnait déjà l’alarme au printemps et exigeait que le gouvernement fédéral hausse ses effectifs à la frontière, affirme que les douaniers et la GRC sont débordés. De son côté, le gouvernement fédéral refuse toujours de parler de « crise » et préfère dire qu’il s’agit d’une « situation exceptionnelle.

En ce moment, des ressources de Commissionnaires du Québec sont mises à contribution pour appuyer les autorités en place à Lacolle et à Montréal.

Malgré l’appui du privé, l’arrivée de la Croix-Rouge, le renfort de l’armée canadienne et l’installation temporaire de tentes et autres facilités sanitaires, la situation au poste-frontière de Lacolle est loin d’être idéale. On estime à 3000 le nombre de migrants qui ont été transférés à Montréal où ils ont été installés dans des logements temporaires qui débordent et dans des installations d’accueil aménagées au Stade olympique pour près de 2000 personnes.

Pourquoi se précipite-t-on en masse vers la frontière canadienne ?

Dans le cas de la communauté haïtienne aux États-Unis, le message que Montréal est une « ville sanctuaire » a suffit pour que plusieurs (qui ont souvent de la famille établie au Canada), prennent la décision de traverser la frontière. Sauf que le terme « ville sanctuaire » semble ne pas être bien compris comme le soulignait le journal La Presse à la mi-juin. Bien que le Canada et le Québec ont la réputation d’être généreux et ouverts aux réfugiés, il reste que tous ces migrants et demandeurs d’asile doivent passer par le même processus de filtrage de sécurité à l’entrée. Déjà, des migrants suspectés d’activités criminelles ont été appréhendés dans les derniers jours. En ce qui concerne les demandeurs d’asile, rien n’est garanti, car en temps normal, près de 40 % des demandes sont rejetées chaque année par le tribunal de l’immigration.

Certains jugent qu’il est urgent d’endiguer ce flot de migrants pour assurer la sécurité du pays et pointent du doigt l’Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs. Cet accord permet aux demandeurs d’asile de traverser la frontière à des points de passage non reconnus. Cette démarche est illégale et ces migrants sont placés en état d’arrestation une fois au pays, mais ne peuvent être refoulés aux États-Unis comme ce serait le cas à un poste frontalier.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a voulu rectifier le tir samedi dernier (le 12 août) en déclarant « qu’il fallait donner l’heure juste à tous ceux qui seraient tentés de demander asile au Québec en croyant que c’est facile ». « Il ne faut pas enlever l’espoir aux gens, mais il faut présenter aux gens un portrait réel de la situation, notamment auprès des personnes qui, encore aux États-Unis, pourraient être tentées de faire la même expérience », a ajouté le premier ministre Couillard tout en précisant que son gouvernement fait preuve de « compassion » et « d’équité » face à l’arrivée massive de demandeurs d’asile, mais qu’aucun compromis ne sera fait sur le plan de la sécurité.

1- Camp pour les migrants - Saint-Bernard-de-Lacolle - Commissionnaires du Québec